Si vous avez regardé le reportage sur la reconnaissance faciale utilisée par la police française, vous avez compris l'essentiel : cette pratique se fait à la volée, sur n'importe qui, sans autorisation ni encadrement légal. Ce n'est, en réalité, qu'un avant-goût de la société de surveillance de masse qui se dessine.
On dit souvent que la France a environ 10 ans de retard sur les États-Unis — que ce qui s'y passe aujourd'hui arrive généralement 5 à 10 ans plus tard chez nous. Et aux États-Unis, la police de l'immigration et des douanes (ICE) en est déjà à un niveau qui donne le vertige.
Ce dont dispose réellement la police américaine
ICE dispose d'un accès à une plateforme de géolocalisation commerciale (Penlink) qui permet de sélectionner un périmètre précis — par exemple lors d'une manifestation — pour détecter tous les téléphones qui s'y trouvent, puis de les tracer dans la durée : adresse, identité, habitudes de déplacement.
Et si vous êtes interpellé, même pour un simple contrôle, l'agence dispose d'outils supplémentaires :
- Le déverrouillage forcé du téléphone, peu importe le code PIN ou les mots de passe, via un outil nommé Graykey.
- L'extraction de toutes les données de l'appareil, y compris les messageries chiffrées, une fois le téléphone déverrouillé, via un outil nommé Cellebrite.
Autrement dit : même sans avoir commis le moindre crime ou délit, un simple contrôle au détour d'une manifestation peut suffire à ce que la totalité de votre téléphone soit passée au crible — messages, applications, contacts, historique.
Vers la fin de l'anonymat numérique par défaut ?
Ce niveau de technologie (et l'impunité juridique qui l'accompagne) est amené à accélérer une tendance déjà en cours aux États-Unis : celle du "burner phone" — un téléphone prépayé basique, ne contenant aucune donnée personnelle, que l'on peut jeter à tout moment pour en racheter un autre. Une tendance qui pourrait bien gagner l'Europe, et le reste du monde, dans les années à venir.
Ce constat renforce une évidence : se former à la souveraineté numérique n'a jamais été aussi essentiel. Les moyens de contrôle et de surveillance dont disposent aujourd'hui certains gouvernements sont d'une ampleur inédite dans l'histoire — l'enjeu, pour qui veut protéger sa vie privée, n'est plus le débat sur leur existence, mais la capacité concrète à s'en prémunir.









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